vendredi 31 janvier 2014

La Carélie : Une conclusion



J'aimerai conclure cette série d'article sur notre road-trip en Carélie par cette "petite" vidéo qui n'est pas tant informative ou démonstrative comme ont pu être les autres, mais plutôt une façon de partager l'esprit et les impressions que m'ont laissé ce petit voyage. Les longues, très longues routes pratiquement désertes, les forêts à perte de vue, les "collines" de Carélie, la Région des Lacs... Bref, c'est surtout une vidéo d'ambiance et de ressentis, cette fois.

Quelques photos ont été prises à Porvoo (EDIT : un article bonus sur Porvoo ici), première étape de notre périple vers la Carélie, et je me permet d'y faire allusion maintenant que j'ai fini de parler de cette région en particulier. Déjà parce que c'est une petite ville fort sympathique, et ensuite pour une anecdote fort croustillante. En 2006, un fan de Black Metal, bourré, comme il se doit, à voulu se marrer en faisant semblant de mettre le feu à l'église, façon Norvège. Problème : La gouttière où il a jeté ses allumettes était pleine de feuilles mortes... et bien sèches. La cathédrale de Porvoo, bijou du XVème siècle, prend feu. Kalle, notre fan de musique, appelle son pote pour lui annoncer la nouvelle. L'histoire veut que son ami ne l'ait pas cru, avant de tirer le rideau de sa chambre... et là, c'était le drame. Du coup le fait qu'il soit amateur de Black Metal et les affaires de crémations d'église en Norvège ont fait qu'on a beaucoup plus insisté sur ce fait-là que sur le fait que cet idiot était complètement bourré et fut sans doute encore plus surpris que les autres de voir cette église brûler pour de vrai :-D

Bon depuis elle est restauré et tout, pas de problème donc tout va bien (elle n'avait de toute façon pas complètement flambé), mais je me suis bien marré en visitant l'endroit où traînaient encore quelques poutres calcinées et toujours pas évacuées ! Donc en bonus, parce que ça faisait partie du voyage : la Cathédrale de Porvoo :

On reconnaîtra de cette façade ce style qui a inspiré le musée national à Helsinki.
Le toit à tuiles en bois est assez chouette, je dois bien l'admettre (et donc très inflammable)

Haha ! Je suis païen et j'écoute du Metal, alors forcément je brûle des églises !!
Et pour conclure, la carte de notre petit périple pour vous donner une idée plus concrète :

La Carélie : Savonlinna, une forteresse qu'elle est classe

C'est parti pour une destination bien moins pourri que le titre de cet article : La forteresse de Savonlinna. Je vous invite à jeter un œil à cette page wiki qui vous confirmera cette rumeur bel et bien fondée : Oui, il existe en Finlande un championnat du monde de lancer de téléphone portable, qui s'y déroule annuellement.

Un sport à mettre dans la même catégorie que le fameux "porter de femme", un autre sport finlandais plein de virilité et d'adrénaline, tout comme le championnat d'écrasement de moustiques (je cite wiki : "Les compétiteurs disposent de 5 minutes pour tuer le plus grand nombre de moustiques, sans instrument ni produit. Henri Pellonpää a établi le record du monde en 1995 avec 21 moustiques" voilà voilà) et naturellement le championnat du monde de résistance au sauna, où des hommes, des vrais, sont prêts à mourir pour prouver qu'ils n'ont pas chaud aux yeux (padam psssii). La liste des sports débiles finlandais est là, faites-vous plaisir.

Mais Savonlinna ce n'est pas que le Lancer de Téléphone Portable, non, c'est aussi un festival d'opéra réputé se déroulant dans le cadre très classe d'une forteresse qui en met plein la vue : Olavinlinna.

La Finlande médiévale, c'est badass.
Bon, là encore, quand on compare des châteaux d'Europe Centrale (Carcassonne bonjour !), on peut ne pas être émerveillé et faire la fine bouche, mais d'une part, je trouve le château chouette en soi, et d'autre part, il ne faut pas oublier qu'on est en Finlande, et que les gros châteaux badass qui tiennent encore debout ne sont pas légion. D'ailleurs il ne reste plus de forteresse médiévale plus au Nord que celle-ci. Au monde. Alors ne boudons donc pas notre plaisir. 

On y a fait un tour sur le chemin du retour, une belle journée ensoleillée et venteuse. Tellement venteuse que - las ! - j'en ai perdu mon chouette chapeau qui flotte, maintenant, dans les eaux de la Baltique où l'a porté le flot paisible et scintillant de la Région des Lacs.

Bref, j'ai pris un coup de soleil.

Nous sommes arrivés juste à temps pour nous incruster dans la dernière visite guidée avant que le château ne soit fermé aux visiteurs pour n'être réservé qu'aux riches nantis venus écouter de la grande musique avec des beaux vêtements et des tickets hors de prix. Non, je déconne, ils avaient seulement l'air riches en comparaison de nos fringues de campeurs défraîchis. Du coup on a pu suivre les explications de la guide, à peine perturbés par le vacarme incessant et frénétique des enfants très, très mal élevés d'un couple mou et sans autorité, dont la progéniture aurait, en France, eut droit à plus que mes regards assassins. D'ailleurs, les yeux écarquillés du petit garçon infernal quand je me suis tourné vers lui pour lui dire assez sèchement de mon accent étranger "Lopeta !" ("arrêtes !"... je sortais de mon stage dans un Kindergarten...ça aide), ça n'avait pas de prix. On a senti un vague malaise chez les parents désarmés et un soulagement parmi les autres visiteurs jusqu'ici feignant de ne rien remarquer par politesse et courtoisie (et ce boudju de "c'est pas mon problème" finlandais, j'y reviendrai). Sauf le groupe de francophones qui se sont plains entre eux, croyant ne pas êtres compris, mais sans oser demander parce que bon, on n'est pas chez nous. J'ai eu moins de scrupules, hihi). Néanmoins, cela aura offert à Ada et moi l'occasion de rediscuter du système éducatif français et du fameux "tu vas t’en prendre une si tu continues", ici totalement prohibé et désapprouvé. Sauf en privé, évidemment, là c'est le socionome qui parle. Imaginez-donc la surprise d'Ada quand, en France, elle voit des gamins turbulents se prendre des tartes dans les files d'attente des supérettes. Il y a là un contraste culturel qui risque de devenir particulièrement acrobatique dans les années à venir...

Mais revenons à la forteresse au lieu de parler des sujets qui fâchent. Construite sur une île en pleine Région des Lacs, elle en impose par ses murailles et ses tours, loin du gros bloc un peu plan-plan qui reste du château de Turku. Les murailles sont hautes, surplombant d'un côté le lac, de l'autre de multiples cours ensoleillées (Ici avec l’arbre qui y pousse tranquillement façon Gondor). Les longs passages et galeries sont un plaisir à arpenter, tantôt prenant de la hauteur, tantôt se rapetissant en petits boyaux de vieille pierre. Bref, tout le plaisir d'une visite d'un château médiéval.

J'ai beaucoup aimé la guide qui nous a dit en gros : "En général ce genre de vieux monument a toujours tout à tas de légendes et d'histoires de fantômes... nous, non. Enfin si, il y en a une, une seule. Un corridor hanté où on aurait à plusieurs reprises vu des lumières alors que personne ne s'y trouvait." Alors là, forcément, le visiteur curieux et excité se demande bien dans quel passage obscur et ancien peut bien se promener cette lumière spectrale, ce fantôme, peut-être, cet esprit qui hanterait les pierres ancestrales de Olavinlinna ?

Et bien ce passage qui surplombe l'une des salles de banquet et mène au balcon des musiciens c'est celui-ci :
Paye ta rambarde en béton casse-l'ambiance.
La vue d'une cour...
...depuis cet escalier.
Donc si vous êtes venu pour le frisson de l'au-delà, laissez tomber, y a rien à voir. En revanche, les amateurs d'histoire et de vieilles pierres ( et de bonne musique) seront comblés ! C'était assez marrant d'entendre les anecdotes sur les tours à chapeaux de bois qu'il a fallu refaire car le vent les arrachait en s'y engouffrant (On imagine donc le vent qui va avec, et je rappelle qu'on n'est pas en montagne), le bazar pour protéger le puits d'eau potable de l'île et l'histoire d'une tour additionnelle suédoise qui s'est écroulée parce que mal foutue... (Les suédois, encore eux, trololol, et pourtant je vous jure que je ne le fais même pas exprès !). La salle souterraine (véritable coffre fort) accessible à l'origine uniquement par une ouverture au plafond à une bonne dizaine de mètres du sol, par exemple, ça vaut le coup d'être vu (avec le sol partiellement pavé et partiellement en roche naturelle parce que bon, creuser un caillou pareil, c'était pas évident...).


En sortant, on a pris une dernière glace pour la route - une glace au goudron, pour moi, j'en profite en été dès qu'un kiosque en vend ! - et on a dû se remettre en route, quitter la Carélie pour revenir sur Helsinki... 

Une belle virée, de beaux paysages, de bons moments !







Au risque d'être redondant : Il y avait du vent. Très visiblement.
Olavinlinna, perché sur son rocher.
Cela dit, avant de vous laisser, je me dois de partager cet instant WTF lorsque nous sommes entrés dans un supermarché pour faire une pause et boire un coup, et fûmes accueillis par...

ROBOCOP ET SES CHIENS. 

Ne me regardez pas comme ça, j'ai pas compris non plus. J'imagine que ça doit rappeler aux jeunes désœuvrés que voler à l'étalage, c'est mal ?


Et oui, Robocop fonctionne sur multiprise, apparemment.

jeudi 23 janvier 2014

La Carélie : Le plaisir du Kota

Pour prendre une nuit de repos durant notre périple, nous avons donc passé la nuit à Lappeeranta, où nous avons pu voir les sculptures sur sable et profiter des rives du plus grand lac de Finlande, le lac Saimaa. Pour vous donner une idée, avec 4 400 km² sa superficie est entre celle du Haut-Rhin (3 525 km²) et celle du Bas-Rhin (4 750 km²). Évidemment, quand on est juste en face on se rend pas spécialement compte vu que y a plein d'îles etc. Mais quand même ! J'espère y retourner avec plus de temps pour aller me baigner et faire du bateau, car nous n'y étions vraiment qu'en coup de vent. L'objectif était plus à l'Est, du côté de Joensuu, et plus précisément dans la ville de Tuupovaara (qui n'est pas une finnisation de Tupperware, malgré les apparences), pour rendre visite à un couple d'amis d'Ada et Marikki, nouvellement parents d'un petit Paavo donc Ada est la marraine. Moment émouvant, donc, où l'approche d'Ada et la mienne en matière de bébé ont pu être comparées assez facilement. Lorsque présentés face à la possibilité de tenir le petit Paavo, nos réactions furent :

Ada  - "OOH ! Donnes-le moi ! Qu'il est mignon ! Oh ! Un bébé ! Oh ! Regardes, il me sourit !"

Moi - "Non mais il est beaucoup trop fragile, si je le prends je vais le casser en deux, en plus sa tête est encore toute molle, et qu'est-ce qui se passe si je le laisse tomber par terre ?"

Tuupovaara, un petit coin perdu avec une chouette église.
Bref, j'ai toujours pas réglé mon problème de "bébé = mou et fragile = je ne prends pas le risque de le porter". Faut que j'y travaille sérieusement.

Avec Aino et Jesse, les heureux parents, nous sommes partis faire une très belle promenade dans leur nouveau chez-eux, au cours de laquelle nous fûmes surpris par une averse d'été bien costaud. Trouvant refuge au bord d'un lac dans un abri pour que les baigneurs puissent se changer (bon, là, on se doute que y avait personne, évidemment). J'ai profiter de cet instant sublime sur le pontont, avec le bruit magnifique des trombes d'eau sur le lac.

Et non, je ne suis pas tombé malade.
Cependant, leur appartement n'étant pas assez grand, notre petite équipe se devait de passer la nuit ailleurs, nous nous sommes donc tout naturellement dirigés vers l'hôtel le plus proche la forêt. Après un long trajet en voiture sur un chemin n'autorisant aucun demi-tour ou changement d'avis quelconque, nous sommes parvenus sur un petit parking perdu au milieu des bois. Nous déballons les paquetages, je fais confiance mais l'endroit semble vraiment... perdu. Nous nous enfonçons dans la forêt à pieds et là, la magie s'opère :


D'abord un pont pour traverser une rivière où un groupe de pêcheurs taquine déjà le goujon...


... puis le Kota se révèle. Le Kota est un abri de campeur, qui peut-être soit un simple toit pour se protéger de la pluie face à un feu, soit une hutte où le feu est à l'intérieur, au centre de l'abri, comme celui où nous avons passé la nuit. L'abri et le bois pour le feu sont gratuits, à la disposition des randonneurs et campeurs, ce qui ravit naturellement les étudiants que nous sommes. Nous avions donc ramené du pain, des saucisses, du maïs à faire griller, de la confiture, des fruits, des champignons offerts par les grands-parents d'Ada... Donc tout le nécessaire. 

On avait prévu de manger dehors mais la pluie nous a rattrapé... suivie de l'orage qui a tonné une bonne partie de la nuit. Qu'à cela ne tienne, nous avons pu profiter du confort cosy des banquettes de bois, du feu crépitant et de l'orage se déchaînant sur la forêt tout en restant au sec. Une nuit à l'ambiance géniale, en bonne compagnie, dans un cadre superbe. Si vous faites de la randonnée en Finlande, une nuit dans un Kota est un incontournable.

Si vous n'avez pas de problème avec le fait de potentiellement passer la nuit avec des inconnus (pas de réservations, et tant que y a de la place...) ou d'utiliser des toilettes sèches, évidemment. Cela dit, si vous avez un problème avec les toilettes sèches vous allez avoir du mal à apprécier les joies d'un été en Finlande.

Le passage au Kota eut été parfait, s'il n'y avait eu cette confirmation d'une sorte de malédiction qui plane sur moi. En effet, où que j'aille, que ce soit au fin fond de la Grèce ou au fin fond du fin fond de la Finlande, il m'arrivera toujours, sans m'expliquer pourquoi, de tomber par un hasard totalement fortuit...

SUR DES FRANÇAIS.

Nulle part je ne suis à l'abri, nulle part je ne peux me cacher, ils sont partout. Une famille finlandaise débarque-t-elle au petit matin et fait la conversation par minimum de politesse (fait suspicieux pour des Finns, qui aurait déjà dû nous mettre la puce à l'oreille) : TADAA ! Le mari est Français ! On a probablement des tas de choses à se dire !!

Et bah non, figurez-vous. Quand je passe mes vacances en Carélie en compagnie d'amis Finlandais, c'est pour avoir la paix, pas pour taper la discute avec un Français. Non mais.

Et je suis sûr, le premier étranger que je vais croiser en Islande va me sortir : "Oh, but you are french ? Tu viens d'où, moi je suis de Limoges !"

Je le vois venir gros comme un Kota.

C'est flou, mais c’est mon lit !
Prochaine étape : Visite culturelle dans un château.... haaaaaaaantéééééééééé. Je vous laisse avec une belle photo prise par Marikki, dont vous pouvez suivre les aventures étranges en Russie, le pays où les maîtres d'hôtels peuvent vous dire droit dans les yeux qu'ils ne prennent pas de touristes. Si, si, c'est par là pour les anglophones : http://afternoonvodka.blogspot.ru/

Bien sûr je vous conseillerai naturellement le blog d'Ada où elle vous parle de son échange à Lyon... Mais bon... hein.

L'ambiance Kota, j'aime ça. (OK, jetez-moi des cailloux)

lundi 20 janvier 2014

La Carélie : Terre du Kalevala

Difficile de parler de la Carélie sans mentionner le Kalevala, donc c'est parti :

Le Kalevala.

Pour ceux qui roupillent au fond, le Kalevala est l'épopée nationale des Finnois, l'équivalent des Niebelungen en Allemagne ou de la Chanson de Roland en France - à ceci près, bien sûr, qu'à part peut-être une certaine frange des Catholiques de France, plus personne n'en a rien à cirer de la Chanson de Roland si ce n'est qu'il y a une chanson populaire rigolote et que ça aurait quelque chose à voir avec Roncevaux. Le Kalevala, en revanche, c'est une pierre fondatrice de la culture d'une Finlande indépendante, la pierre angulaire du fameux nationalisme romantique évoqué dans mon billet précédent. Tous les enfants lisent au moins une version abrégée à l'école, car le livre est immanquablement au programme. Il est partout, ses références s'accumulent et s'empilent à chaque regard pour qui sait les trouver, des allumettes ou assurances Sampo aux assurances Pohjola (où je suis enfin assuré en passant par le téléphone, vous vous souvenez) en passant par la compagnie Ilmarinen, les produits ménagers Aino (et la glace aussi, même si ça c'est un coup fumeux de Nestlé, j'en reparlerai également) statues et sculptures, les symphonies de Sibelius (de Kullervo à Lemminkäinen en passant par le très sombre Cygne de Tuonela...). L'ouvrage est un monument dont l'importance ne se dément toujours pas de nos jours, avec de nombreuses versions "pour enfants" et des visions plus modernes (notamment Jade Warrior qui le mélange avec les films de kung-fu... C'est spécial mais pas mal en fait, surtout le concept du Hammer-Kata, où on se bat à coups de marteaux de forgeron. Oui.) et récemment Kalevala Uusi aika (Kalevala : Nouvel Âge), une version "débarrassée de la propagande suédoise et plus proche du VRAI Kalevala de nos ancêtres" qui mélange le passé et le présent, tournée par un membre du parti d'extrême-droite Perussuomalaiset et qui aurait un certain message à faire passer, ahem, mais s'est apparemment bien ramassée. Le DVD vient de sortir, j'en ferai peut-être un commentaire plus tard. Bref, c'est un symbole encore très vivant de la culture finnoise (dont il est le représentant dans le calendrier des jours spéciaux) qui imprègne toujours la société du XXIème siècle, bien qu'évidemment avec les générations qui passent, hein...

Le "héros" du Kalevala, le sage et puissant Väinämöinen.
Pour plus de détails sur le Kalevala et son histoire, parce que ce n'est pas vraiment le but de cet article, vous pouvez vous reporter vers notre ami Wiki , ou mieux, lire le livre. Je le recommande avec insistance. Néanmoins, vous comprendrez pourquoi j'en parle ici si je vous livre le nom original de la première version du Kalevala : Kalevala ou Anciens Chants de Carélie à propos de l'histoire passée du peuple finnois. Elias Lönnrot, Finlandais de la minorité suédophone, a passé une partie de sa vie à collecter les anciens chants de la culture orale traditionnelle finno-ougrienne, et spécialement en Carélie où cette pratique était encore fort vivace à son époque, pour en faire l’Épopée ultime de la Finlande et asseoir ce peuple au rang des grandes nations indépendantes. Le fait qu'une grande partie des chants retenus pour devenir le canon du Kalevala soit clairement carélienne a donné une couleur et une identité à ce récit qui reste encore aujourd'hui indissociable de sa source, même si géographiquement, le Kalevala (Littéralement Terre de Kaleva, le suffixe -la indiquant une location) n'est pas exactement la Carélie, cela reste le Sud de la Finlande, la côte, par opposition à la Terre du Nord (Pohjola) qui sont, en gros, les méchants dirigés par une sorcière. Pour rappel, ces chants issus de la tradition orale charrient des textes, des idées et des concepts qui nous viennent directement de l'âge du fer nordique et donc d'une époque où les Sames sont bien plus présents, et bien moins au Nord. Il est d'ailleurs intéressant de noter, en contraste avec la volonté du film récent mentionné plus haut, que le Kalevala nous rappelle finalement que les Finnois n'étaient pas les premiers sur place et que les gens de Pohjola étaient alors bien plus que des éleveurs de rennes au fin fond de la Laponie. Mais passons. Vous l'avez compris, la Carélie c’est le berceau du Kalevala.

Voilà donc pourquoi il fut fort approprié d'y organiser une exposition de sculpture sur sable ayant pour thème ce chef-d’œuvre littéraire - et je ne veux entendre aucun commentaire sur cette transition de fou. C'était pendant l'été 2013 à Lappeeranta :


Reproduction d'un célèbre tableau illustrant la mère éplorée de Lemminkäinen (qui est donc mort après avoir  cherché un peu trop efficacement l'aventure et la guerre). Elle ira le chercher dans le royaume des morts, Manala ou Tuonela, rassemblera ses morceaux et le ressuscitera. Ce qu'une mère ne ferait pas pour son enfant ! Le Cygne de Tuonela est là, évidemment.
 La dame vous rappelle Marie et le monsieur vous fait penser à Jésus ? C'est normal, il s'apprête à ressusciter (dans une histoire qui n'est pas sans rappeler celle d'Osiris). Ah oui, un détail sur le Kalevala... ça a beau être un assemblage de textes pré-chrétiens, on sent quand même chez Lönnrot un certain, hum, enfin... vous comprenez. Tout comme à la lecture d'un Edda ou d'une saga, il faut garder en tête qui a rassemblé l'ouvrage, et quand, et pourquoi.
A titre de comparaison, l’œuvre originale de Gallen Kallela.
Seppo Ilmarinen, l'ami de Väinö, le forgeron du Ciel à qui il incomba de forger également le Sampo, un des éléments centraux du Kalevala. Si l'ambiguité persiste chez les Finns, chez les autres peuples qui entourent la Baltique, la figure d'Ilmarinen le Forgeciel est clairement divine. En Finlande, il est d'ailleurs souvent associé jusqu'à se confondre avec Ukko-Jumala, le chef-dieu de leur panthéon, Dieu du Tonnerre qui manie un marteau. Dans le fond, les lecteurs du Kalevala reconnaîtront Iku-Turso, à la fois monstre marin et Dieu des maladies et de la guerre (selon les sources). Les autres, plus avisés, reconnaîtront sans hésiter notre cher ami Cthulhu. D'ailleurs, il est plus ou moins invoqué par la Sorcière de Pohjola et Väinämöinen le renvoie dans les profondeurs à coups d'incantations et de chants, je veux pas dire, hein, mais...
Väinö il est cool. Quand il a besoin d'un bout incantation qu'il va quérir auprès d'un géant qui décide de l'avaler parce qu'il en à rien cirer du vieux mage, ce-dernier ne se laisse pas gagner par la panique. Il se met à lui pourrir sa digestion et lui causer des maux de ventre atroces, jusqu'à ce que le géant le supplie de sortir. "Bah moi je suis bien là, c'est confortable, je me vois bien m'installer... à moins, bien sûr, que tu ne te décide à me donner ce que je veux ?" L'image vous révèle le choix du géant : Epic Trololol Väinämöinen !

Celle-ci est assez intéressante à plusieurs niveau. Elle évoque une histoire où la femme d'Ilmarinen, une fieffée connasse, fait un sale coup à Kullervo, un type dont l'histoire se résume à une série d'horribles malheurs et de coups du sort terribles, en plus de n'être pas une flèche. Il ne lui reste de son père qu'un couteau qu'il chérit plus que tout, donc forcément, Madame connasse met un gros caillou dans le pain qu'elle lui a préparé alors que Kullervo travaille pour elle et son mari à sortir leurs bêtes. Lorsque Kullevo veut prendr eune pause bien méritée, il casse son couteau sur la pierre, la dernière relique de son père. Très, très énervé, il décide de se venger, massacre les vaches dont il s'occupe, leur arrache la peau et en recouvre des ours et des loups, qu'il ramène à l'étable comme si de rien n'était - visiblement copain comme cochon avec ces bêtes féroces qui trouvent la blague très à leur goût, visiblement. Madame Connasse ne le sait donc pas, mais lorsqu'elle va traire ses vaches, elle est bonne pour une surprise des plus inattendues.
Dans la représentation de cette légende, plusieurs choses m'intriguent : Le cul nu de la femme d'Ilmarinen, déjà, qui est assez gratuit... sauf si on considère le fait qu'il y ait bien un arrière train et des mamelles de vache, impliquant une traite, alors qu'on voit qu'il s'agit bien d'un ours... Bref, y a un côté blague salace assez planant. Est-ce pour cette raison que Lönnrot nous gratifie d'un face-palm ? Ou bien est-ce parce que la pauvrette est décidément bien conne de ne pas reconnaître un ours avant de se faire dévorer ? Bref, plein d'interprétations possibles et de symboliques cachées - ou pas.
Qu'on se rassure pour le pauvre mari éploré désormais veuf, sait comment se remettre de la mort tragique et gore de sa chère et tendre : Il est forgeron, il va donc se forger une nouvelle femme. Toute de métaux précieux, une femme en or (littéralement) donc. Les moins romantiques y verront une poupée gonflable de luxe, mais non, car elle est trop froide au goût de notre forgeron pour pouvoir vaquer à ses petites affaires, il va donc essayer de la refourguer à son "vieil" ami Väinö qui, dans son âge avancé, doit bien avoir besoin de compagnie, non ? Cela se finit en gros par Väinämöinen qui regarde son pote et lui dit : "Ne me prend pas pour un con, tu l'as faites pour toi, hein ?" "....yep." "Et tu veux me la refourguer, l'air de rien ?" ".....yep." "Tu sais donc où tu peux te la mettre ?". Yep. J'aime beaucoup l'interprétation très moderne de la "femme artificielle", notemment dans cette pause languoureuse, nous renvoyant aux thématiques très actuelles des robot-prostituées et de la sexualité avec des répliques d'humaines (comme ces poupées sexuelles représentant des enfants, au Japon, pour canaliser la pédophilie, ou certains thèmes de la série suédoise Real Humans). Dans le Kalevala (tout comme la Kanteletar) ce genre de métaphore est assez clair : La richesse ne fait pas le bonheur. Il y a notamment une histoire où une femme se fait courtiser par plusieurs hommes sortant de la mer, tous faits de métaux de plus en plus précieux, qu'elle décline tous. Jusqu'à ce qu'un homme fait de pain se présente à elle, qu'elle accepte d'épouser. Cette thématique est similaire dans le refus de Väinö d'accepter le "cadeau" d'Ilmarinen qui apprend cette leçon (probablement le personnage représenté façon Steampunk derrière la femme forgée).

Pas d'exposition ouverte à tout public en Finlande sans un moment bien traumatisant à vie pour les enfants. Ici, une représentation des souffrances du peuple de Kalevala lorsque, battue, Louhi la sorcière de Pohjola, se venge en leur balançant tout un tas de maladies bien dégueulasses. Notez le détail de l'enfant qui met son doigt dans l'orbite vide de sa mère... Rassurez-vous Väinö utilisera tout son savoir faire médicinal et leur servira des onguents des plus revigorants pour repartir comme en 40. Mais quand même, ce doigt dans l'orbite... Bienvenue en Finlande, les amis !!
Bon, je ne peux pas tout, tout montrer, car l'ensemble fourmillait de détails... ou parfois les sculptures étaient trop grandes pour pouvoir bien les appréhender en une photo, comme l'exploit de la pèche du brochet de Tuonela :

Un sacré bestiau, échelle d'après un récit Marseillais du XVIIème siècle.
On appréciera aussi les touches d'humour bienvenues de la part des artistes, comme le tatouage du Badass Ilmarinen :


Ou simplement le sens du détail et le travail admirable des sculpteurs :

L'échappée du Sampo, où on essaye de garder cette sorte de corne d'abondance forgée par Ilmarinen des mains de la sorcière au cours d'une "bataille navale" épique qui décidera du sort du Sampo...

Donc si vous voulez en savoir plus sur ces histoires délicieusement amusantes, captivantes, tragiques, dépaysantes, épiques, lisez le Kalevala. 

Si vous voulez savoir d'où Tolkien sort ses aigles SOS Gandalf en détresse, lisez le Kalevala. Si vous voulez savoir d'où Tolkien sort tout un paquet de truc, en fait, lisez le Kalevala. D'ailleurs, puisqu'on parle de lui, JRR Tolkien a dit un jour qu'en tant que linguistique, la grammaire finnoise était comme une cave de grands crus. D'où la très forte inspiration du finnois pour sa création de l'elfique. LISEZ LE KALEVALA !

Et j’arrête là avec le prosélytisme.


La prochaine fois, retour à la Carélie d'aujourd'hui :)












PS : Lisez le Kalevala.

dimanche 19 janvier 2014

La Carélie : Une visite de la Finlande en relief

Pour rattraper mon retard dans la narration palpitante de mes aventures dans le Nord, réchauffer nos petits cœurs accablés par le froid brutal qui s'est abattu sur l'Europe, paralyse tout le monde  l'Europe Centrale sous une épaisse  couche de neige, je me suis dit, c’est le moment de parler de ma première ballade en Carélie.

Accompagnant Ada, son amie Marikki partis en voiture rendre visite à une autre amie qui avait déménagé à Joensuu après son accouchement (enfin, Ada est surtout parti voir le bébé, humhum...), j'ai pu faire un petit voyage qui m'a mené jusqu'à la région la plus à l'Est de l'Union Européenne, la Carélie. La particularité de la Carélie, outre d'avoir été l'objet de déchirement houleux avec la Russie (j'y reviendrai), c'est d'offrir à la Finlande des... hum... pas des montagnes, non... des collines ? Allez, disons du relief. Car oui, la Finlande est un pays excessivement plat. Si le Nord offre bien des tunturit, un type de "montagne" qui n'impressionnera guère l'Alsacien qui a vécu coincé entre les Vosges, le Schwarzwald et les Alpes, le reste du pays est comparable aux plaines interminables de nos amis Lorrains - nonobstant les puits en pneus peints, évidemment. Heureusement, pour rompre la potentielle monotonie qui guette le touriste blasé, la Finlande a la Carélie.



La Carélie c'est la Finlande en 3D.

(Ce qui reste, on le voit tout relatif.)

Toutefois, dès l'entrée en Carélie on sent, surtout en voiture, à quel point le terrain ondule, se courbe, se plie. Les champs sont bombés, vallonnés, les rouleaux de paille les parsèment, les fermes apparaissent entre les arbres, sur les hauteurs... Le paysage me devient plus familier, pour un peu, on se croirait de retour dans notre cher bassin alémanique !

Le paysage reflète aussi une réalité culturelle très ancienne, qui va au-delà du cliché national savamment entretenu par le nationalisme romantique : La Finlande, pays agraire. Si le mythe du Finnois vivant dans la forêt, le Metsämies, est encore tenace aujourd'hui, c'est parce que c’est l'image rustique sur laquelle s’est bâti le nationalisme finlandaise, à l'opposé de la sophistication citadine russe. Le Finlandais est plus honnête, plus franc, et donc plus naturel, plus rustique. Des romans comme le classique des Sept Frères alimentent cette vision forestière du Finlandais authentique. Or, la réalité est un peu différente. La Finlande est depuis très longtemps un pays recouvert de champs, et la majorité de la population vivait encore du travail de la terre il n'y a pas si longtemps. La forêt n'a pas été l'habitat du Finn depuis des temps très, très lointains. De façon assez intéressante, la situation est assez similaire aux Gaulois que l'on sait aujourd'hui avoir été de grands cultivateurs et défricheurs de forêts, au-delà du cliché servi par César dans sa Guerre des Gaules.

Et la Carélie crie ce passé authentique à la face de qui la contemple. Bien que la forêt tant chérie soit bien présente, ce sont des champs et des fermes partout. Ce cœur vibrant de la culture finlandaise montre un visage honnête de la Finlande. Il est intéressant de noter que c'est de cette région que vienne énormément de clichés, de chants et de légendes qui sont désormais vues comme finlandais. La Carélie, héraut de la culture Finn. Le fait que la Russie en ait volé une partie après la seconde guerre mondiale y fait certainement, alors que de nombreuses figures civiles ou politiques ont réclamé le "retour de la Carélie" à la Finlande. Encore aujourd'hui, cette histoire cause une certaine inimité envers les Russes, et alimente les bons vieux fantasmes nostalgiques. On raconte notamment qu'avant, en Carélie désormais occupée, tout était mieux avant et que les baies poussaient en surabondance et même que les fraises étaient grosses comme des têtes de bébés.

Grosses comme des têtes de bébé, les fraises, on vous dit. Même à Marseille ils n'en ont pas des comme ça !

Cela dit, ça a permis des blagues assez drôles, comme le slogan de la marque de bière Karjala (qui non seulement s'appelle donc "Carélie" mais dont le logo est tout simplement le blason de la région) qui fut pendant un temps :

Récupérez la Carélie, une bouteille à la fois.

Karjala qui fait d'ailleurs une bière au Terva, faudra que je vous en parle ! Mais du coup la transition est toute trouvée pour évoquer la symbolique du blason, qui n'est pas sans évoquer celle du blason national. En effet, le lion qui représente l’État Finlandais tient dans sa main une épée droite et marche sur une épée courbe, symbole de résistance victorieuse face à l'envahisseur extérieur (épée courbe = exotisme, tout le monde comprend). Cette idée est reprise sur le blason de la Carélie, et le détenteur de cette épée courbe ne fait plus vraiment de doute (pour rappelle, on est à la frontière russe, tout ça). Bien qu'implicite plutôt qu'explicite, il est intéressant de remarquer que ces symboles sont toujours plus ou moins présent dans le quotidien. Quand, durant les élections parlementaires en 2011, les gens pouvaient voter en ligne pour définir les points essentiels qu'ils souhaitaient voir abordés durant les débats par leurs candidats (oui, ils avaient une plate-forme rien que pour ça, ce qui est cool), dans la catégorie "crises et challenges internationaux", entre "Guerre en Afghanistan" et "Crise de l'Euro" il y avait une catégorie sobrement intitulée "La Russie". Ça veut bien dire ce que ça veut dire.

Je fus donc agréablement surpris de découvrir cette fresque à Lappeeranta (capitale de la Carélie du Sud) :

J'ai même réussi à retrouver le nom de l'artiste, il s'agit de Jukka Hakanen (jukkahakanen.fi)
L'élan (plus courant en Finlande que le lion, faut bien avouer) porte la même armure qui tient normalement l'épée droite, tandis que l'ours (symbole de la Russie depuis des lustres) porte celle qui tient habituellement l'épée courbe. Mais au lieu de se taper dessus, ils boivent un coup dans des tasses fumantes aux couleurs de la Carélie. J'ai trouvé cette image superbe dans sa symbolique, cette acceptation qu'il y ait désormais une Carélie finnoise et une Carélie russe, et que rien ne s'oppose à leur bonne entente, voire, soyons fous, amitié. L'acceptation que "récupérer la Carélie" ce ne serait de toute façon pas récupérer la grange à grand-papa, dans une région où tout le monde parlerait encore Finnois. Accepter l'Histoire sans chercher à repartir comme en 40, comme on dit. Et pour un Alsacien, c'est une image d'autant plus forte qu'elle me rappelle quelque chose...

Plus de Carélie à venir dans mes prochains articles. La prochaine fois, je vous parlerai d'une autre belle découverte à Lappeeranta, à savoir une exposition éphémère de sculpture sur sable ayant pour thème...

LE KALEVALA !!


Pardon, je m'emporte.

PS : La marque de bière Karjala a gagné mon respect pour son art du trololol. Lorsque la Finlande a battu la Suède en finale de la coupe du monde de Hockey en 2011 au score humiliant de 6-1, Karjala s’est empressée de faire ça :

Oui, parce que les Finlandais ont aussi un compte à régler avec les Suédois ^^ C'est mesquin, mais c'est bon.

jeudi 9 janvier 2014

Contraste : La réalisation de nouveaux standards

Ma première visite éclaire à Amsterdam s'était faite avant de me rendre à Helsinki pour la première fois. Malgré la pluie incessante et les rues gonflées de touristes enfumés, la ville m'avait fait une assez bonne impression. Je sais, ça y fait quand c’est nouveau, mais quand même, l’architecture, les vélos partout, et rien de désagréable chez les gens. L'impression générale que m'avait laissé ce passage rapide et mouillé était bonne, et j'y retournais donc pour une nouvelle Blitz-visite avec plaisir en décembre, escale entre Helsinki et Stuttgart.

Bon, l'architecture est toujours superbe.
Et là, c'est le drame.

Pour être tout à fait honnête je ne sais pas si c'est simplement parce que l'effet de surprise et du neuf s'est dissipé, si j'étais plus fatigué et donc moins prompt à ignorer certaines choses, ou si comme je le suspecte c’est le contraste qui cette fois n'était pas en faveur de la ville, mais j'ai trouvé Amsterdam très... très... Europe Centrale. Et là ce n'est pas un compliment.

Déjà c'était crade. Des chewing-gum collés au sol en quantité astronomiques - du moins m'a-t-il semblé. Quelque chose qui ne m'avait pas choqué la première fois et là m'a littéralement sauté aux yeux. Beaucoup de crottes de chien aussi.

Dès la sortie de la gare je me fais accoster par une nana un peu crade sans être sans abris qui viens me demander des sous avec insistance... Le syndrome gare de Strasbourg qui revient me dire coucou alors que la Finlande m'en avait presque fait oublier le souvenir. Et on m'a demandé encore plusieurs fois le long des quelques centaines de mètres qui me séparaient du centre-ville. Et je ne parle pas du clochard assis dans son coin qui attend que les passants soient à portée, mais vraiment de ces déambulateurs qui non seulement viennent vous chercher mais insistent si vous dites non.

En moins de deux cent mètres j'ai également eu droit à une belle démonstration de harcèlement de rue que la jeune femme a dodgé comme une reine avec une habileté qui trahit malheureusement une grande expérience de la chose. Comme son visage fermé aux lèvres pincées, d'ailleurs. Pareil, c'est le genre de comportement que je n'ai moi-même encore jamais observé à Helsinki. Là c'était de l’acabit de ce que j'ai vu à foison en France : Deux mecs qui draguent/insultent une femme isolée et jolie (le Dutch étant assez proche de l'allemand pour me permettre de saisir le gros du sens de leur logorrhée macho) La femme, elle, a serré les dents, subi, et disparu. J'ai vu sa tête un court instant mais j'ai lu sur ses traits l'exaspération qui trahit la lassitude du quotidien.

Je doute que la ville ait simplement drastiquement changé en quelques années. Un peu, peut-être, mais pas au point de m'avoir surpris à ce point. non, c'est bien ma perception qui a changé. Le fait d'avoir déjà vu la ville une fois influe sûrement sur mon non-émerveillement, mais dans les deux cas, il s'agit de très courtes visites, quelques heures. Là encore, je ne pense pas que cela soit l'élément le plus fort.

Non, je pense que la grosse différence, c'est que la première fois je vivais en France, je venais de quitter la France et découvrais Amsterdam. Cette fois, je vis en Finlande et j'arrivais d'Helsinki. Et le contraste n'est plus en faveur d'Amsterdam. Que ce soit la propreté, l'attitude des gens... je me rends compte à quel point je tiens désormais la vie finlandaise pour mon standard. Moi qui jugeais déjà sévèrement ce que je voyais en France, mes critères semblent avoir été revu à la hausse. Non pas que la société finlandaise soit parfaite, mais... que la différence saute aux yeux ! En revenant à Amsterdam, j'ai pris cette révélation comme une claque.

La Finlande est mon nouveau standard. Évidemment, j'y vois des choses qui peuvent être améliorées, adaptées, de mon point de vue, et il y a des choses qui me rendent fou, mais en me retournant vers là d'où je viens, je réalise que je vois en mon pays d’accueil le minimum que j'attends désormais d'une société, un minimum en dessous duquel je ne souhaite plus vivre.

C'est une réalisation d'importance, notamment à un mois de mon départ pour un stage de trois mois en Islande, qui me permettra sans doute de mettre ce ressenti à l'épreuve. Plus de nouvelles bientôt à ce sujet :-)


Bon, au moins j'aurais pu voir leur marché de Noël et ricaner avec tendresse en pensant au Noël alsacien. Personne ne battra jamais ça !